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Maladies intestinales : la révolution des vidéo-capsules endoscopiques

À peine plus grosse qu’un Doliprane, la capsule endoscopique parcourt notre tube digestif en 8 heures, en prenant des milliers de photos. Une révolution dans l’univers des maladies intestinales. Reportage à l’Institut des maladies de l’appareil digestif, à Nantes.

« Anémone de mer » « tapis duveteux »… Les qualificatifs employés par les spécialistes du tube digestif du CHU de Nantes pour décrire l’intestin grêle ne manquent pas de poésie ! Il faut dire que la possibilité d’observer de près cet organe méconnu (qui mesure pourtant 4 à 6 mètres de long) n’est que très récente, depuis l’homologation des premières vidéocapsules parcourant tout le tube digestif, en 2001. En ce jeudi pluvieux de début janvier, Irène, 66 ans, atteinte de la maladie de Crohn depuis 7 ans, a rendez-vous au service endoscopie du CHU de Nantes. La veille, elle a eu le droit d’absorber un dîner liquide et, ce matin, de boire de l’eau.

À 8h30, l’infirmière lui donne une gélule à avaler (26 x 11 mm), un peu plus grosse qu’un Doliprane, et colle sur son ventre 7 capteurs-patchs reliés à un boîtier placé sur sa ceinture. Ainsi branchée, Mme L. peut partir se promener. Pendant ce temps, la gélule contenant la fameuse capsule endoscopique de 3,7 g descend peu à peu au rythme des contractions du tube digestif. Tel un mini-appareil photo numérique, elle prend 2 à 8 images par seconde et les envoie par ondes radio vers le boîtier-enregistreur.

« Je préfère ça à la coloscopie ! »

16 heures : retour au CHU. « Ça va, mais j’en ai un peu marre de me promener avec tous ces fils. Enfin, c’est ma 3e capsule et, clairement, je préfère ça à la coloscopie », dit Irène. En 5 minutes, elle est libérée. Les images recueillies ne sont pas un film à proprement parler, mais la succession de 12 000 à 20 000 clichés de son tube digestif, mis bout à bout. Pas d’anesthésie, pas d’hospitalisation, pas de préparation dégoûtante à avaler (sauf dans de rares indications).

17 heures : c’est l’heure de la consultation avec le Pr Arnaud Bourreille, gastro-entérologue. Pendant qu’il interroge sa patiente sur ses symptômes, les images de son tube digestif défilent très vite à l’écran. En 10 minutes, le médecin a parcouru le film jusqu’à la portion de l’intestin grêle où les lésions étaient localisées il y a quelques mois. « Rien, il n’y a plus rien ! », commente-t-il très satisfait. Actuellement, il faut entre 15 et 40 minutes au médecin pour « dérusher » ce film. Un temps considérable pourrait être gagné grâce à l’intelligence artificielle si seules les images suspectes étaient envoyées au médecin. « L’interprétation serait plus fiable car la machine, à la différence du médecin, n’est jamais fatiguée ! », souligne le Pr Emmanuel Coron, directeur de l’Institut des maladies de l’appareil digestif (IMAD).

Voir l’intestin grêle : une révolution !

« C’est un examen non-invasif pour les patients, qui permet de visualiser l’intestin grêle dans ses moindres replis avec une précision diagnostique proche de celle de la coloscopie », expose le Pr Bourreille. Avant cela, les patients devaient subir un examen pénible appelé « transit du grêle », consistant à boire un liquide radio-opaque décelant seulement les grosses anomalies. Et la seule façon d’atteindre le grêle pour les médecins, c’était par entéroscopie « poussée », grâce à un tuyau fin et souple muni d’une caméra. Un examen aux effets secondaires parfois très pénibles (maux de ventre, saignements).

Que détecte la vidéo-capsule ?

Ulcères, polypes, saignements. « Elle est plus performante que la coloscopie pour repérer les anomalies dans l’intestin grêle et de performance équivalente dans le côlon. Parfois, en cas de doute sur les images, elle sera suivie d’une coloscopie ou d’une entéroscopie à double ballon (technique plus récente et beaucoup plus supportable pour le patient). Mais dans la majorité des cas, elle suffit à poser le diagnostic », souligne le Pr Coron. Dans les maladies inflammatoires chroniques (MICI), l’intérêt majeur est de voir si le traitement en cours est efficace (lésions qui régressent) ou s’il faut le modifier.

Et la gélule, que devient-elle ?

Au bout de 8 h à 72 h (selon le transit et le type d’examen), elle est expulsée dans les toilettes. Pas très écolo… « À l’avenir, on peut imaginer qu’elle puisse être récupérée, désinfectée et réutilisée, même s’il n’est pas évident que ce soit accepté par les patients », indique le Pr Coron.

Coloscopie avec mini-bistouri

Hormis la vidéo-capsule, les techniques existantes se sont perfectionnées de manière spectaculaire en dix ans. « Avec la dernière génération d’endoscopes, qui grossit 150 fois, le médecin peut voir un globule rouge de quelques microns », indique le Pr Coron. Les images sont d’une qualité sidérante : 2 millions de pixels. Et surtout, avec ces endoscopes, on peut enlever de façon plus précise des polypes (excroissances bénignes sur la paroi du côlon devenant parfois cancéreuses), directement pendant l’acte. Un mini-bistouri mesurant de 1,5 à 2 mm se fixe sur une poignée de l’endoscope. Muni de deux mini-bras, l’un permet de tirer le polype, l’autre de le couper. La cicatrisation se fait naturellement, en quelques semaines. « Cet appareil commence à être utilisé cette année au CHU de Nantes. Il permet d’enlever des polypes mesurant jusqu’à 10 cm », souligne le Pr Coron. Grâce à ces nouvelles techniques d’exploration et de biopsie, la prise en charge des patients atteints d’une pathologie digestive s’est nettement améliorée. « Le taux de détection des polypes a doublé en quinze ans », estime le Pr Coron. Un bond en avant dans la prévention des cancers de l’appareil digestif.

https://www.imad-nantes.org/

Sophie Cousin

Par l’équipe Ça m’intéresse

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